Le 23 septembre 2026 : sortie en salles des Éléphants dans la brume

, par  Sophie

En salles le 23 septembre, Les Éléphants dans la brume, premier long métrage d’Abinash Bikram Shah, suit Pirati, matriarche d’une communauté kinnar installée dans un village du sud du Népal, au cœur d’une forêt où vivent des éléphants sauvages. Lorsque l’une de ses filles disparaît, Pirati doit mener l’enquête. À travers cette histoire intime, le film nous emmène à la rencontre d’une communauté de femmes trans, de ses liens, ses rites et sa place dans la société népalaise, entre reconnaissance et marginalisation.

Un film d’Abinash Bikram Shah, Népal, 2026, 1h43.
Dans un village népalais niché au coeur d’une forêt peuplée d’éléphants sauvages vit une communauté kinnar aussi vénérée que crainte pour ses pouvoirs de bénédiction et de malédiction.
Pirati, l’une des mères de la communauté, rêve de s’échapper avec l’homme qu’elle aime. Mais lorsqu’une de ses filles disparaît, elle doit mener l’enquête et choisir entre son désir de liberté et ses responsabilités envers sa communauté.
Présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, où il a reçu le Prix du jury, le film propose un regard sur le quotidien, les liens familiaux choisis, les rites et la place sociale d’une communauté de femmes trans, à la fois respectée pour ses pouvoirs de bénédiction et tenue à la marge de la société.

Le partenariat avec De la Plume à l’Écran

La tension permanente qui y est dépeinte, entre reconnaissance et marginalisation, tolérance et stigmatisation, résonne fortement avec l’histoire de nombreuses personnes transgenres au sein de communautés autochtones - même si les traditions et les contextes sont tous très différents. Dans plusieurs sociétés autochtones d’Amérique du Nord, par exemple, des personnes transgenre/non binaires occupaient historiquement des rôles sociaux, spirituels ou cérémoniels reconnus, avant que la colonisation, les missions chrétiennes, les pensionnats et les politiques d’assimilation n’incitent à réprimer et effacer ces traditions.
De même, dans le sous-continent indien, l’histoire des communautés hijra — auxquelles les communautés kinnar sont historiquement et culturellement apparentées — témoigne d’un basculement similaire : des rôles traditionnellement reconnus ont été fortement stigmatisés et criminalisés sous la domination britannique, notamment à travers le Criminal Tribes Act de 1871.

En s’associant à De la Plume à l’écran, spécialisée dans la programmation et la diffusion des cinémas autochtones, la sortie du film d’Abinash Bikram Shah s’inscrit dans une réflexion plus large sur les récits de personnes trans et de genres minorisés, et sur la manière dont le cinéma peut contribuer à faire vivre des histoires longtemps marginalisées ou invisibilisées.
Avec Les Éléphants dans la brume, De la Plume à l’Écran prolonge son travail de programmation et de mise en relation de récits qui, chacun dans leur contexte, interrogent la manière dont les sociétés coloniales ont pu définir les normes de genre, marginalisant au passage celles et ceux qui osaient rappeler que la fluidité et la complexité sont pourtant de mise. Ainsi en 2015, par exemple, nous projetions Drunktown’s Finest de la réalisatrice diné Sydney Freeland, qui met en scène Felixia, une jeune femme trans - un moment particulièrement fort du Festival Ciné Alter’Natif cette année-là. Surtout, De la Plume à l’Écran soutient ces films qui mettent aussi en avant la capacité des communautés concernées à préserver, réinventer et faire reconnaître leurs droits, tout en faisant émerger leurs propres récits et expressions artistiques.

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